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 GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM

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mick



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MessageSujet: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:26

Gaston EVE,
Pilote au char AUVERGNE en Afrique Lieutenant MICHARD,
Pilote du char Montmirail en Europe
Chef du char IENA II, mars, avril, mai 1945
Grade : Sergent

Engagé volontaire dans les Forces Françaises Libres à Londres en février 1941

L'Angleterre.
© Copyright 2000 Gaston Eve

Ma Famille. ( juin 1940 - octobre 1941 )
Mon père Walter Edward Eve, était soldat de profession anglais de 1896 à 1919. Il a servi dans les "Royal Fusiliers" dès l'âge de quatorze ans et demi. Il est venu en France avec les premières troupes anglaises en 1914. Il a épousé ma mère Raymonde De Lattre, une française et, est revenu en France en 1919 pour travailler comme jardinier dans les cimetières militaires anglais dans le Nord de la France.

De ce fait je suis né en France le 14 janvier 1921. Mon père voulait que je sois anglais et donc j'ai été à l'école anglaise d'Arras, Ensuite quand j'avais dix ans, j'ai été envoyé en Angleterre chez un oncle et une tante pour compléter mon éducation anglaise, je ne pas avais choix au chapitre. L'anglais a pris complètement le dessus de ma vie et je ne parlais pour ainsi dire que ça.

Mon père était certain qu'il y aurait une guerre avec l'Allemagne et, il craignait les conséquences pour la famille, parce qu'ils étaient dans le Nord de la France. Donc mon père, mère, frère et sœur, sont venus habiter l'Angleterre en 1933. [Seule une sœur a survécu. Deux sœurs sont décédées en France, une tuée par une voiture, l'autre par une maladie. Un second frère sera né en Angleterre.] En 1939 je travaillais pour la ligne d'aviation anglaise et j'ai eu mon congé deux ou trois jours après la déclaration de guerre. Il y avait près de chez nous une usine de guerre et j'ai eu la chance de trouver un emploi presque tout de suite.

J'ai entendu l'appel du Général de Gaulle du 18 juin 1940 quand j'avais 19 ans. Quelques jours avant j'avais entendu que la France avait été vaincue et j'avais pleuré la nuit quand j'étais seul dans ma chambre. Tout le souvenir de mon enfance en France a pris le dessus et je ne pouvais pas accepter que la France soit vaincue. J'ai toujours porté un passeport anglais par fidélité à mon père et j'ai obéi a ses vœux à mon sujet. Malgré tout je n'ai jamais renoncé nationalité française.

J'ai dis à ma mère (française) que j'allais partir et répondre à l'appel de De Gaulle. Elle était d'accord. J'ai dis la même chose à mon père (anglais). Il a été très en colère avec moi. J'étais anglais. Je devais me battre dans l'armée anglaise et attendre mon appel. Si je partais dans les FFL je perdrais ma vie et je ne reviendrais pas. Je lui ai vaguement expliqué qu'il n'y avait pas de choix et je lui ai expliqué que si l'Angleterre avait été envahie, j'aurais fait la même chose pour elle. Nous ne nous sommes pas compris, sans nous disputer.

Je suis allé à Londres pour m'engager et servir la France quoiqu'elle ait semblé avoir perdu. De mon retour à l'usine j'ai donné ma démission mais celle ci a été refusée. «You can't leave a reserved occupation just like that! You will have to write to the ministry!» Je tenais à répondre à l'appel de la France et j'ai fait une demande pour que je puisse partir, celle ci est passée par un ministère.

Six mois plus tard, en décembre 1940, on m'a dit que le directeur général de l'usine voulait me voir. M. Vann Damm m'a demandé si je voulais toujours partir et il m'a parlé des avantages de rester-la. Il m'a dit qu'à part quatre autres jeunes hommes j'étais le seul à vouloir partir sur les milliers d'employés. Je suis resté ferme à ma décision. Je me souviens toujours de la chaleur de sa poignée de main et de ses félicitations. Je suis allé à Londres remplir une nouvelle fiche d'engagement.

Mon père n'était pas content. Il y avait un lien très spécial entre nous. Nous nous aimions beaucoup l'un et l'autre et nous nous sommes retrouvés de tout cœur en août 1945. J'étais à son côté quand il est mort en 1962. Nous étions fièrs l'un de l'autre. Nous avons eu la grande misère de ne pas nous entendre à ce sujet.

Un beau matin j'ai pris le train de 04:55 de Hackbridge à Londres. J'avais dit à ma mère que je partais et ce matin là elle m'a fait mon petit-déjeuner. Mon père savait que je partais et il a attendu pour me voir sur le pallier de la porte pour descendre, me serrer la main et, me dire « Good luck. »

Je suis revenu en uniforme anglais avec "France" sur les épaules pour quelques jours avant de partir pour l'Afrique. Tout s'est remis à mon retour en 1945.
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mick



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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:27

Mon Inscription à la France Libre.
Je suis arrivé à 4 Carlton Gardens de bon matin où je suis resté pendant trois jours pour toutes les formalités. J'ai présenté mon certificat de naissance français. Pour la première fois de ma vie j'ai bu du vin avec mon repas. Je me suis trouvé dépaysé car j'avais un fond très anglais et un accent anglais. Quoique je parle facilement il me manquait beaucoup de mots. Les facilités pour dormir et manger à Carlton Gardens était très limitées car il y avait là un mélange de marins, soldats et aviateurs qui attendaient à être affecté. Je n'avais pas de capacité militaire du tout et j'ai subi bien des blagues avec bon cœur.

J'ai été appelé dans un bureau où on m'a dit qu'il se formait une compagnie de chars à Camberley et j'ai répondu que j'aimerais servir dans les chars. Ca a été une des meilleures décisions de ma vie. Nous étions cinq ou six à partir par train de Londres à Camberley.

Je suis arrivé au début de février 1941 à Camberley [Old Dean Camp] et j'ai vu un camp entièrement formé de demi-lunes avec tout au milieu du camp un drapeau français et dessous un fanion à la Croix de Lorraine. Je suis allé au PC du Capitaine Georges Ratard de la 2ème Compagnie où j'ai été accueilli par Pierre Tomio qui était Caporal Chef. Il m'a expliqué que le grade équivalent dans l'armée anglaise était "Lance Corporal". Il a été très chic. Il m'a parlé d'une chose et d'autre et il s'est rendu compte que je n'avais pas encore le moindre fond militaire. Le camp était couvert de neige et de boue et après les formalités il m'a escorté dans une demi-lune où j'ai trouvé mes premiers camarades. Je me suis trouvé dormant et mangeant parmi des Français pour la première fois et je me suis progressivement habitué à ce grand changement.



Certains était français, d'autres était français de cœur comme moi, et ne parlaient ni français ni anglais ou, avec un très fort accent espagnol ou portugais. Evidement j'étais "l'Anglais" et je me suis vite aperçu que la compagnie était formée de très jeunes français venu de France, mais aussi beaucoup qui était venus de tous les coins du monde pour servir la France. Le Capitaine Ratard nous disait de temps en temps que la compagnie était formée de volontaires venu de 32 différent pays ( Je ne suis pas sûr du nombre exact). Ceux qui était venu de tous ces pays avaient soit un père ou une mère française.

Je me souviens de ce premier jour de Benjamin Abdul Youssef (Venu D'Argentine) et de Maurice Jean-Renaud (Venu du Chili). Jean-Renaud a été de ceux qui ont été dispersés à Brazzaville et il a été tué à Bir Hakeim. Je me suis vite mis à la vie militaire et au drapeau français avec, dessous un fanion à la Croix de Lorraine. J'ai été, comme toutes mes camarades, très occupé dès le début à un entraînement physique et militaire de toutes sortes.

La vie à Camberley était très active mais monotone. Il y avait très peu d'équipement. Nous avions un entraînement de fantassin car nous avions tout un fusil mais pas de chars. Toute l'expédition française sur la Norvège est revenue en Angleterre mais hélas tous pour ainsi dire ont décidé de rentrer en France. Ils nous sont resté des petits half-tracks.

Après un bon bout de temps mon camarade Raymond Thuayre qui voyait en moi un Anglais a cessé de m'appeler "English". Raymond n'aimait pas les Anglais et je ne me trouvais jamais dans son chemin quand il avait bu un peu trop. Nous avons fini par être très bons camarades. Il était un jeune garçon très chic et très fidèle. La France aurait été plus riche s'il n'avait pas été en Indochine se faire tuer.

Nous avions quelques camionnettes françaises sur lesquelles l'Adjudant Raveleau nous apprenait à conduire. Il était un homme très militaire et très agréable mais il y a eu des problèmes. Mon vocabulaire français était très limité. Je ne savais pas ce que voulais dire "embrayer" ou "débrayer". De ce fait quand il disait «Débrayez» je faisais l'opposé ou rien du tout. Finalement il m'a fait arrêter sur le côté de la route pour m'expliquer. Auparavant, pensant que je ne l'écoutais pas, il m'avait disputé avec sa voix très forte et très claire. J'avais eu ma première expérience de me faire disputer en français. Il est vite devenu évident qu'un certain nombre de nous avait besoin de leçons françaises et pendant plusieurs mois l'Adjudant Corler a été notre instituteur tous les soirs.

J'ai trouvé un très bon esprit de camaraderie dès les premiers jours et il y avait une ambiance qui m'a plu beaucoup. Je n'avais pas la moindre idée de ce que le futur avait pour moi. J'ai très vite pris une tenue et un esprit militaire. J'ai trouvé dès les premiers jours une fidélité pour le Capitaine Ratard qui était toujours parmi nous. J'ai été très heureux de la belle ambiance que j'ai trouvé et ne me suis pas senti dépaysé du tout.

Quand j'ai su conduire une camionnette je suis passé à la conduite de chenillette avec L'Adjudant Henri Caron comme instructeur. J'ai eu le grand honneur de rencontrer le Sergent Chef Caron qui devait par tous ses efforts, faire de moi un des vrais Français Libres, un très bon pilote de char et un homme très équilibré avec une confiance absolue. Il m'a donné mes premières leçons en conduite de chenillette et était très content de mon progrès car jusqu'à présent je n'avais fait que du vélo! Il était un homme très décisif. Quand il m'a dit «Tu seras un très bon pilote» ça a été un de mes grands jours. Quelle chance d'avoir été entraîné par un homme si digne et si noble.

Les cours d'élève aspirant était en cours et de bon matin j'allumais le feu dans la demi-lune où ils prenaient leurs cours. Je n'avais pas toujours du succès et un beau matin un des aspirants m'a donné un conseil et un coup de main. Après cette première rencontre de temps à autre j'ai rencontré cet aspirant parmi le groupe dès Camberley. Nous ne nous étions pas parlé mais je l'ai trouvé très sympathique.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:27

Vers la fin février 1941 Henri Caron m'a dit que j'allais être le pilote du Lieutenant Louis Michard qui, je me suis rendu compte quand je l'ai rencontré, était l'aspirant qui m'a aidé à allumer le feu ! J'avais espéré que je serais avec lui et, ma vie était parfaite surtout quand j'ai su que Henri Caron était son adjoint. Les deux hommes avaient une entente parfaite et un fond avec lequel j'étais en parfaite harmonie. Ca a été une très bonne nouvelle. Les années que nous avons passé ensemble ont été parfaites. Nous avons eu les même idéaux militaire et moral, une confiance l'un à l'autre et une entente parfaite.

L'entraînement était très bien organisé et le plus beau côté de tout cela était la confiance énorme et l'estime dans lequel nous étions tenu par nos officiers et sous officiers. On ne m'a jamais laissé oublier que j'étais un volontaire comme tous les membres de la compagnie. J'ai été par cet esprit à servir dans une loyauté absolue sans jamais un jour de regret. Un très beau souvenir. Donc ça a été beau ou mauvais temps, culture physique, tire, conduite, marche, théorie motrice, français et ainsi de suite. Inévitablement il fallait éplucher des pommes de terres de temps à autre.

L'Angleterre se sentait très seule face à l'Allemagne et la loyauté dès FFL lui était précieuse. Hors quelques défilés à Londres, particulièrement le 14 juillet, des foules énormes ont longé notre chemin.

La main-d'œuvre manquait beaucoup et de temps à autre, à tour de rôle avec des régiments anglais, toute la compagnie était de service pour décharger les trains de charbon. Nous partions tous en camions dans un chantier, et il y avait une bonne ambiance. Nous travaillons très dur, et nous allions décharger le train de charbon plus vite que les Anglais et les Canadiens ou Polonais ! La tâche était accomplie de bon cœur et, à la fin de la journée nous étions noirs !

Nous avons aussi formé une équipe de football à Camberley mais je n'ai pas de souvenir de ces matches. De temps à autre nous allions voir des films français dans une demi-lune qui servait de cinéma et qui était pleine à craquer. Nous arrivions tous bien que mal à voir l'écran à travers la fumée de cigarettes ! Il y avait aussi une NAAFI où les militaires trouvaient des bonnes choses à manger, servis par des volontaires. Il y avait beaucoup d'ambiance dans le pays et beaucoup de volontaires.

Nous allions faire des longues marches de temps à autre, et nous nous tenions très bien le long des rue. Nous chantions des marches françaises qui nous donnaient beaucoup d'entrain. J'espère qu'il n'y avait personne le long des rues qui comprenait les paroles, car elle avait été adaptée et n'était pas très belle !

Il y avait quand même à Camberley un régiment de Chasseurs Alpins parmi lesquels il y avait beaucoup de jeunes bretons. Ils avaient une fanfare et de temps à autre il y avait un défilé. Les Anglais ont vite compris qu'il était nécessaire à mettre les Chasseurs Alpins en tête de défilé vu leur cadence prodigieuse.

Une des choses très amusantes que les Chasseurs ont fait a été pendant un défilé aux alentours de Camberley. Il y avait toujours des femmes qui servaient du thé. Les Chasseurs qui je crois faisaient dans les 180 pas à la minute sont partis en tête. Il y avait toujours une bonne distance entre les Chasseurs et le régiment anglais suivant. Les Chasseurs était hors de vue et ont eu le temps de prendre le thé longtemps avant que les troupes anglaises arrivent ! Je ne sais pas si les Chasseurs leur ont laissé quelques gâteaux.

Vers le mois de juin 1941 ça a été la visite médicale pour tous, car nous devions partir de l'Angleterre. Nous avons eu des piqûres et sommes tous passé au dentiste. Arrachage et plombage de dents ont été fait en un coup. Pour les plombages la roulette était maintenue à la même place jusqu'à ce que la cavité soit assez profonde. Les dents plombées était très chaude à la fin de l'opération.

Nous portions l'uniforme anglais et, au début un mélange de bérets français et anglais. Nous manquions d'insignes de chars français, et nous étions obligés d'improviser. De ce fait nous allions aux magasins militaires pour acheter des insignes chars anglais et les adapter. Nous avions sur le bras l'insigne en toile du Royal Tank Régiment et aussi l'insigne de béret que nous avions adapté ! L'insigne béret était d'un char de 1916 entouré d'une couronne de Laurie et toute en haute la couronne et sous le char, les mots "Fear Naught". Pour ne pas être comme les Anglais, ceux d'entre nous qui n'avaient pas l'insigne français avaient retiré la couronne. Les officiers de chars anglais que nous avons rencontré et salué ne nous ont jamais rien dit à ce sujet, sans doute du fait que nous avions "France" à chaque épaule.

Un beau jour en août 1941, nous sommes partis en grande tenue dans un train passager vers Liverpool où nous avons embarqué sur un grand bateau. Il y avait une atmosphère très particulière en Grande Bretagne. Tous les noms de villes et villages avait été retirés ainsi que toutes les indications routières. Il ne fallait pas parler de mouvements de troupes ou quoique ce soit au point de vue militaire, et je pense que l'attitude de la population était basée sur ce principe. Des soldats partout c'était tout à fait normal !

Vers L'Afrique.
Le "Northumberland Castle" devait faire dans les 18 à 20 mille tonnes, un bateau de marchandises [de la viande]. Inévitablement j'avais beaucoup de confiance dans l'organisation anglaise et le trajet et notre embarquement c'est passé parfaitement. Il n'y pas eu la moindre démonstration populaire soit à notre passage ou à notre embarquement.

Nous étions avec environ 3000 anglais sur le bateau. Tout était superbement organisé sur le Northumberland par les officiers anglais. La compagnie est allée directement à un endroit prévu sur le bateau, spécialement aménagé comme transport de troupes. Nous étions dans une partie du bateau qui nous servait de salon, salle à manger, dortoir. Tout était fait à la même place. Nous avions notre hamac que nous accrochions l'un à côte de l'autre au-dessus des tables, suspendré à les crochets de boucherie qui a été laissé à sa place au plafond. Nous pouvions retirer nos chaussures pour dormir mais autrement, il fallait rester habillé.

Nos chaussures une fois retirée, devais être attaché l'une à l'autre par les lacets et placer sur notre poitrine avec les lacets derrière notre cou et il ne fallait pas mettre nos chaussures par terre. La théorie était qu'en cas d'alerte il n'y aurait pas de confusions. Nous serions habillé et nous aurions nos chaussures pour monter directement sur le pont quand les klaxons d'alerte marcheraient.

Le départ de Liverpool c'est bien passé. Il n'y avait personne sur les quais considérables qui nous menaient à la mer. Personne pour dire au revoir ou à qui dire au revoir. J'ai toujours trouvé ça extraordinaire. Dès le départ, toutes les troupes sur le bateau se sont exercées pour les alertes prévues une fois en mer. Ca a été répété et répété et chronométré. Nous devions passer ici, là, et pas autre part. Il fallait monter cet escalier ci. Il ne fallait porter rien à part l'uniforme dans lequel nous étions. Il fallait que nous nous mettions en rang à côte du bateau de sauvetage qui était le nôtre. Tout était fait de bon cœur de jour. La nuit c'était la même chose jusqu'à ce que le commandant militaire du bateau soit satisfait que tout allait se passer de la façon prévue et demandée.

Nous sommes partis par un très beau jour et la mer était bonne. L'organisation du convoi était superbe et petit à petit il s'est rassemblé environ 80 navires marchands et transports de troupes en formation parfait, en ligne et colonne c'était beau à voir. Au lointain on voyait les bateaux de guerre qui allait nous protéger. De temps à autre il passait entre les lignes de bateaux marchands ou de troupes des torpilleurs qui marchaient à toute vitesse. Au début c'était l'entraînement et ensuite ça a été pour de vrai quand il y avait une attaque sous-marine d'un côté ou l'autre. Les premiers jours nous avons eu aussi la protection de la RAF et les avions de "Coastal Command." C'était très impressionnant. Il y avait plusieurs superbe NAAFI sur le Northumberland et elles était très bien approvisionnées. Gâteaux, chocolats, bonbons, cigarettes et beaucoup d'autres choses. Je crois que nous étions payé à la semaine sur le bateau. L'organisation question repas était très bonne et chaque table recevait des repas bien chauds et servis par table. Je garde un vif et bon souvenir de la camaraderie parmi toutes les troupes sur le Northumberland et l'organisation de tous les services.

Quand nous étions loin en mer nous n'avons pu vu d'avions du Coastal Command le convoi a gardé sa tenue impeccable. De temps à autre le klaxon partait pour de vrai et nous pouvions voir les bateaux de guerre filer à travers le convoi vers un endroit où il y avait des mines qui faisait explosion. Toutes les alertes que j'ai vu, et toute l'activité a été à l'extérieur du convoi. Le voyage a été très long mais je n'ai pas vu de bateaux marchands ou voyageur touché, malgré toutes les alertes.

Nous passions notre temps à la culture physique et autre activités. De temps à autre il y avait un concert ou un spectacle entièrement formée par les troupes. Les FFL avait à prendre part et c'était amusant. Il y avait beaucoup de chansons anglaises et mes camarades en ont appris beaucoup. Certaines sont restée gravée dans leur mémoire.

Il y a eu des cérémonies très drôles quand nous avions passé l'équateur et je ne sais pas si c'est quelque chose de particulièrement anglais. Enfin il fallait prendre part et nous ne nous sommes pas dégonflés.

Après bien longtemps nous avons enfin vu la côte africaine et c'était la Sierra Leone avec une côte très verte. C'était très bien à voir et nous sommes restés à une bonne distance en mer pendant un jour ou deux car le convoi c'est séparé pour aller dans une différente direction. A partir de ce moment là je vois simplement le Northumberland et un grand bateau de guerre pour nous protéger.

Nous n'avions aucune idée où nous allions débarquer. Rien ne nous avait été dit en Angleterre ou en route mais quelque temps (des heures) avant d'arriver à Pointe Noire, nous avons su que c'était là que nous allions débarquer. Les Anglais nous ont regardé débarquer et nous avons dit beaucoup d'aurevoirs car en trois semaines nous avions forgé une bonne entente et, nous avions tous le même but.
Gaston Eve
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:31

je saut quelques étapes vous les retouvez sur ces liens

http://www.gastoneve.org.uk/pointenoire%20fr.html

http://www.gastoneve.org.uk/kano%20fr.html

http://www.gastoneve.org.uk/cairo%20fr.html

http://www.gastoneve.org.uk/sabratha%20fr.html

http://www.gastoneve.org.uk/normandy%20fr.html
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:34

La Libération De Paris.
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Vers Paris. ( 23 août - 8 septembre 1944 )
Nous dormions dans les vergers. Le Lieutenant Michard prenait son tour de garde et prenait grand soin de ces questions de sûreté. Il allait souvent s'assurer, la nuit, que tout allait bien, Jamette et l'équipage du Montereau sont partis un jour pour percevoir le remplaçant du Montereau. Ils sont revenus avec le dernier modèle de Sherman qui possédait un très long et très puissant canon. Il a été baptisé Montereau II et le Lieutenant Michard a fait peindre le mot «Revanche» sur chaque côté du canon.

De temps à autre, nous étions en contact avec des unités américaines, et leurs chars étaient restés tels que sortis de l'usine. Ils devaient se demander, ces américains, quels étaient ces chars avec de grands noms, des numéros et des insignes !

Les nouvelles chenilles du Montmirail sont arrivées un soir à la nuit tombante. L'adjudant Henri Caron s'occupait du matériel de la Section. Nuit ou pas nuit, ça devait être fait immédiatement. Rien n'était remis. Nous n'avions aucune lumière, mais ce fut fait quand même. Dans la nuit, Montmirail avait ses chenilles neuves, avec trois ou quatre patins sur l'avant, comme rechanges.

Tout à coup, nous avons été réveillés par un grand brouhaha et nous nous sommes levés aussitôt car nous dormions tout habillés. Caron et le Lieutenant Michard nous ont annoncé que nous partions dans deux heures et que nous allions vers Paris. Tout le monde riait. Henri Caron frappait tout le monde dans le dos, avec ses mains qui n'étaient pas légères, nous nous serrions les mains, nous nous jetions dans les bras les uns les autres. Pourtant il ne fallait pas élever la voix ni faire de bruit. Ce fut un moment fantastique.

Comme tous les mouvements de la Division, le départ de la DB a été superbement organisé. Pas la moindre lumière, les pilotes faisant le moins de bruit possible, moteurs au ralenti et sans changer de vitesses.

Pendant deux heures nous avons marché au ralenti pour nous éloigner. Quand il a commencé à faire jour, au premier arrêt, nous nous sommes aperçus que les chenilles chauffaient car ça sentait le caoutchouc. Les chenilles étaient tellement brûlantes qu'on ne pouvait pas mettre la main sur le caoutchouc. Nous avons cependant continué ainsi, mais, de temps à autre, j'arrêtais le Montmirail à un endroit où il y avait des maisons et je demandais aux habitants de jeter des seaux d'eau sur les chenilles, ce qu'ils faisaient de bon cœur. On ne pouvait s'arrêter longtemps pour recheniller car on aurait perdu la Compagnie. Les seaux d'eau ne faisaient pas grand chose mais le Montmirail prenait quand même une douche froide. A un moment nous sommes passés à un endroit où il y avait un ruisseau, et j'ai conduit le Montmirail le long de ce ruisseau avec une chenille dans l'eau et ensuite l'autre. Ca lui a fait beaucoup de bien. La Compagnie s'est arrêtée tard dans la soirée et l'adjudant Caron a pris la situation en main. Nous avons ajouté un patin ou deux à chaque chenille avec l'aide d'une lumière. Nous étions sauvés pour prendre la route le lendemain matin avec tout le monde, mais l'Arcis Sur Aube et le Montereau II manquaient à l'arrivée, pour une raison que je ne connais pas.

Une chose m'avait beaucoup frappé en Normandie : le nombre de fermes et de maisons dans lesquelles il y avait une photo du Maréchal Pétain. J'ai compris qu'il y avait deux points de vue et cela m'a renforcé dans ma fidélité dans la France Libre.

Le 24 août, nous étions à Longjumeau, et les chars de la Section à proximité de l'Austerlitz et de l'Iena. Au moment où nous nous mettions en route, il est tombé des obus de mortiers. Un d'eux a atterri sur l'Austerlitz et deux camarades ont été tués, dont Jean Le Saoût, un volontaire de 40, qui avait maintenant 21 ans ! Le Lieutenant Michard est sorti de Montmirail et est allé vers l'Austerlitz et je l'ai vu tirer Le Saoût du char. Je suis sorti du Montmirail et le Lieutenant a demandé aux équipages de se rassembler autour de Le Saoût qui était allongé à côté de l'Austerlitz. Il avait été complètement décapité par l'éclat de mortier car sa tête dépassait à l'extérieur du char. Le Lieutenant Michard, qui était cleric minoré avant la guerre, a dit une prière pour notre camarade et nous sommes remontés en char...

Vers 7 heures du soir, mais peut-être un peu avant, le Général Leclerc est arrivé dans sa jeep et s'est rendu à pied jusqu'à la tête de l'attaque. Revenant peu de temps après, il s'est dirigé vers le Capitaine Dronne qui se trouvait devant nous. Le Lieutenant Michard a été appelé et il est revenu avec un grand sourire pour nous dire que nos trois chars allaient entrer dans Paris avec nos camarades du RMT [La "Nueva" compagnie dans 16 half-tracks. Il fut les anciens combattants du geurre civile espagnol.]. Ce fut la répétition de la scène que nous avions connue trois jours avant, en Normandie. Nous étions 15 à nous serrer la main, à nous prendre dans les bras les uns les autres, à nous donner de grands coups dans le dos et à rire de bon cœur. Ca s'est vite passé car nous sommes partis très rapidement, mais après avoir pris une décision importante.

Au moment de partir, le Lieutenant Michard a dit : «Je pars en tête». Ce n'était pas au tour du Montmirail d'être char de tête, et nous avons entendu tout de suite Henri Caron dire : «Ah non, Louis, c'est mon tour d'être char de tête et je ne cède ma place à personne». C'était, évidemment une question d'honneur à tous points de vue et Henri Caron aurait dit la même chose si ça avait été pour entrer dans un village. Le Lieutenant Michard lui a donné raison et a dit que le Montmirail serait immédiatement derrière lui. Il me semble qu'au moment du départ, un FFI servait de guide. Je crois même qu'il se trouvait sur le Romilly.

Il faisait encore clair quand nous sommes partis. Je crois que le Capitaine Dronne se trouvait en tête sur sa jeep. Nous avons démarré à bonne allure, par des routes de campagne. De temps à autre, nous traversions des hameaux et j'apercevais un visage derrière un rideau. Les rues étaient vides. A un moment, au cours d'un bref arrêt, un jeune homme et une jeune fille, de 20 à 22 ans, sont venus parler avec nous. Au moment du départ, le jeune homme s'est tourné vers la jeune fille et lui a dit : «Tu peux l'embrasser celui-là». Ce fut un très beau moment dans ma vie. Parfois, je les revois tous deux dans ma pensée.

Tout à coup, en arrivant en haut d'une côte, j'ai aperçu la Tour Eiffel, et le Montmirail a marché tout seul car j'ai jeté mes bras au-dessus de ma tête hors du char. Nous allions être les premiers dans Paris! Il y avait de plus en plus d'habitations, mais les routes restaient désertes.

Il commençait à faire nuit quand nous sommes entrés dans Paris, et nous avons touché un nouveau guide. De temps à autre il fallait contourner des arbres abattus mais c'était tout. Puis, les cloches des églises ont commencé à sonner et, à partir de ce moment là, ça a continué tout le long du chemin. Les fenêtres s'ouvraient, des centaines de personnes sortaient et croyaient que nous étions des américains. Personne ne voulait croire que nous étions une Division française. Un vieil homme incrédule répétait «Impossible, Impossible» ! Chars et HT étaient envahis par la foule. A un arrêt, tout le monde nous embrassait, sur les mains, sur nos figures qui n'étaient pas tellement propres et noires de fumées de mazout, et pleines de rouge à lèvres. Les gens nous donnaient des bouteilles et nous demandaient d'où nous étions en Amérique.

Au bout de quelques minutes il fallut partir, et, pour nous frayer un chemin à travers la foule, le Lieutenant a décidé de donner des coups de sirène en avançant très lentement. J'ai commencé a dire à ceux qui était sur le char et autour du char qu'il fallait dégager et ceux qui était autour de nous ont commencé a pousser et criait "Dégagez!" Ca a été plus effectif, et nous avons commencé a voire claire devant nous. Nous sommes parti derrière Romilly assez lentement car le passage était étroite. Tout le monde criait je ne sais quioi et faisient au revoir avec la main. Nous repondions. Très vite, nous nous sommes retrouvés dans des rues désertes et avons dû stopper à nouveau avec les mêmes conséquences que la première fois. Le délire a été la même. Le Lieutenant Michard riais de bon coeur et parlais a tout le monde. Je n'ai jamais été autant embrassé et fêté de ma vie, ni avant ni depuis.



Puis nous sommes arrivés sur les bords de la Seine, et, presque aussitôt, à l'Hôtel de Ville. La Place était tenue par la Résistance et il n'y avait aucun civil, mais beaucoup de va-et-vient de FFI avec des brassards tricolores. Henri Caron a dirigé son Romilly pour qu'il s'arrête en face des marches de l'Hôtel de Ville, tandis que le Champaubert stoppait sur la Place et que le Montmirail restait le long de la Seine. Devant nous il y avait un char allemand qui avait été détruit par la Résistance.

Les membres de la Résistance étaient nombreux et allaient et venaient en colonne. De temps à autre nous ne pouvions résister de briser leurs rangs et de les serrer dans nos bras. Il pouvait être 21 heures, 21 heures 30, [En fait 8:45] et la nuit était complète. Le Capitaine Dronne et le Lieutenant Michard discutaient avec des membres de la Résistance autour d'une carte étalée sur l'avant de la jeep. Le Lieutenant nous a dit que nous resterions sur place cette nuit.

A ce moment-là, il s'est passé un événement extraordinaire : toutes les fenêtres d'un immeuble en face de l'Hôtel de Ville se sont ouvertes et, de ces fenêtres, nos camarades de la Résistance ont tiré, ensemble, des coups de revolver, de fusil, de mitraillette, tandis que d'autres tiraient des fusées, rouges, jaunes, vertes, et ce fut une scène invraisemblable pendant une minute ou deux, au plus. Nous avons été accueillis d'une manière unique dans l'histoire militaire ! Ça a été une réception superbe et je pense que peut de soldats aurons eu une telle expérience.

Il est venu des reporters et commentateurs de la radio et ils ont parlé au Lieutenant Michard en temps que chef de section et il a répondu à leurs questions. Une de celle ci a été «Quelle sont les noms des chars qui sont entrée à Paris» ? Il a répondu «Montmirail, Romilly et Champaubert».

Tard dans la nuit nous avons fait un somme à côté ou sous Montmirail. Il faisait beau, nous étions bien sur les pavés. Il faisait jour quand j'ai entendu quelques personnes qui parlait à côté du Montmirail et je suis sorti du mon sac de couchage dans lequel je dormais toujours tout habillé et j'ai rencontré mes premiers Parisiens. Evidement ça a été beaucoup de questions. Florkowski, notre tireur, a fait du café et nous avons mangé de nos rations américaines que nous avons partagé avec des civils. Tout était très agréable et nous étions bien gardés par la Résistance dans les alentours !

Le lendemain, de très bon matin, les journaux sont arrivés, et le Lieutenant Michard riait de bon cœur en nous montrant la première page : «Regardez, Montmirail, Romilly, Champaubert, les premiers chars dans Paris», et il est allé voir Caron journal a la main : «Regarde, Henri, je t'ai eu, ce n'est pas : Romilly, Montmirail, Champaubert, mais, Montmirail en premier». Les deux hommes ont ri ensemble. Ils étaient très heureux et ce fut, hélas leur dernière conversation.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:35

Les trois chars ont été envoyés dans des endroits différents pour nettoyer des poches de résistance. Montmirail est parti le long de la Seine et la rue était bondée de monde sur chaque trottoir. La population de Paris savait maintenant que nous étions là. Il y avait une joie énorme. Tout le monde faisait bonjour avec la main, ou nous envoyait des baisers, des gens pleuraient. Pendant quelques minutes ça a été avec la porte du pilote et co-pilote ouverte et nous aussi faisions bonjour avec nos mains. Le fait que nous allions vers le combat n'était d'aucune importance.

A un certain moment, le Lieutenant nous a dit de prendre les dispositions de combat. J'ai baissé mon siège et fermé la porte au-dessus de ma tête. Nos têtes ont disparu dans le char à part celle du Lieutenant Michard bien sur. Je regardais dans tous les sens par mon périscope. Il y avait toujours beaucoup de monde sur chaque trottoir mais pour les spectateurs ce n'était plus la joie. Presque toute les mains pointait dans la rue qui était devant nous. Ça voulait dire «Ils sont là»! je devenais «Faites attention»! et je voyais sur les visages beaucoup d'appréhension pour nous. Une centaine de mètres plus loin et il n'y avais personne dans le rue, en dehors de la Montmirail, les RMT et de la Résistance. Devant nous, la rue était complètement vide, sauf un ou deux camions qui brûlaient, ainsi que des voitures civiles. Il y a eu une brève commotion à laquelle Montmirail n'a pas pris part. Nous nous attendions à être attaqués, mais, en avançant vers un carrefour, des hommes avec un brassard ont parlé au Lieutenant qui, comme toujours avait la tourelle ouverte et il nous a dit que les allemands n'étaient plus là et nous sommes revenus à l'Hôtel de Ville.

Nous avons fait demi-tour très peu de temps après pour prendre la route par laquelle nous étions venu. C'était la folie. Il y avait encore plus de monde dans les rues, tout le monde criait, nous saluait avec leurs bras et nous répondions comme des gladiateurs au retour du combat. Nous sommes allé directement à la Hôtel de Ville en procession avec nos camarades du RMT et de la Résistance. Le Montmirail n'avait rien fait mais il était avec les vainqueurs. C'était un accueil complètement fou !

Arrivé à l'Hôtel de Ville nous avons trouvé le Champaubert et avons attendu le Romilly. Quand il est revenu Henri Caron n'était pas en tourelle. Peu de temps après, nous avons appris que l'Adjudant Caron avait été blessé et évacué sur un hôpital. Caron, à proximité de la rue des Archives, était sorti du Romilly pour mieux voir le terrain devant lui avant de risquer son char, et son équipage l'a vu tomber en recevant une rafale de mitrailleuse ou de mitraillette, venant d'une entrée de métro. C'était une très mauvaise nouvelle, mais il était vivant et c'était le principal. C'était un volontaire de 40. [Les fascistes avaient mit feu aux archives de la ville et Romilly avait pour mission de protéger les pompiers des tireuers. Caron avait été prévenue qu'un char allemend attendait prêt à attaquer au coin de la rue. Il y est allé, il s'agissait d'un Panther. Armé avec un PM, il est parti du Romilly afin de s'occuper du Panther. Un tireur lache, caché dans une bouche de Métro, le toucha à la cuisse.]

Vers la fin de la matinée il est venu une foule considérable à la Place d'Hôtel de Ville mais, tout au tour seulement. Des prisonniers allemands arrivaient à pied avec des soldats autour d'eux mais la foule se bousculait pour attendre les allemandes. A un moment il est arrivé un groupe d'officiers allemands et ils ont reçu des pierres et des coups de tout côté malgré la protection de leur escorte. A un moment un homme avec un revolver est venu en courant vers les allemands a mis son pistolet contre sa tête et l'à tué. Tout la cruaulté de la guerre était là, je devais la revoir bien des fois. Je n'aimais pas ce que je voyais.



Puis, n'ayant plus rien à faire à l'Hôtel de Ville, nous sommes allés rejoindre le reste de la Compagnie qui se battait au Luxembourg. Nous avons atteint la Place de la Sorbonne. C'était la Saint-Louis, fête du Lieutenant qui était ravi. D'ailleurs, c'était la fête partout. Nous distribuions nos réserves aux enfants. A un moment, il y a eu une rafale de mitraillette et les balles ricochaient sur les pavés. Par réflexe, j'ai poussé brusquement un petit gars et une jeune fille avec qui je conversais, sur le côté du Montmirail en les protégeant de mon corps. [Suivant l'attaque Lieutenant Michard a grimpé sur le dôme de la Sorbonne pour repérer les tireurs ennemis. Vraiment un acte de bravoure] Tout s'est arrêté et j'ai repris la conversation. Nous étions assis sur l'avant de Montmirail et un passant nous a pris en photo. Il m'a demandé mon adresse militaire et a eu la gentillesse de m'envoyer la photo. En octobre 45, j'ai épousé cette jeune fille et nous avons toujours ce précieux souvenir de la Sorbonne.

Nous avons appris une autre mauvaise nouvelle: l'Adjudant Corler, lui aussi un volontaire de 40, avait été tué sur un balcon en observant le Luxembourg. J'ai dit, le soir, à la jeune fille de rentrer chez elle et je lui ai donné mon casque pour la protéger.

Dans la nuit, il a été difficile de dormir car, au coin de la Place de la Sorbonne et du Boulevard St. Michel, il y avait une librairie avec, en vitrine, des titres allemands ou de collaborateurs. Ces vitrines ont été brisées et les livres brûlés. Le lendemain matin, j'ai voulu aller me faire raser chez un coiffeur, un vieux monsieur m'a offert sa place et un autre m'a payé une coupe de cheveux. C'était la belle vie !

Nous sommes partis pour les Tuileries et, dans la matinée, la jeune fille est venue avec le petit garçon, pour me rendre mon casque. Et nous nous sommes dit au revoir pour la deuxième fois. La Compagnie est allée au Bois de Boulogne et nous nous sommes revus presque chaque jour. La petite jeune fille était devenue membre de l'équipage. Inévitablement nous avions souvent des visiteurs au Bois de Boulogne et parmi eux étaient M. et Mme Gandon qui sont aussi photographiés avec l'équipage du Montmirail. Ils venaient nous voir tous les jours et nous apportaient des fleurs, des friandises.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:38



Au Bois de Boulogne nous avons accueilli des volontaires pour combler nos rangs. Il est venu un jeune homme qui devais avoir 17, 18 ans nommée Jean de Valroger. Il semblait ne pas avoir d'aptitude militaire du tout, mais il avait du courage et, il n'allait pas céder. Il a fait le reste de la campagne avec nous. Un jour sa mère est venue le trouver et elle n'était pas contente que son fils soit avec nous. Quand elle est partie elle a eu le malheur de dire à son fils «Fait bien attention mon petit minet». Le nom "Minet" est resté.

Un autre qui est venu nous rejoindre était Sergent Commeinhes qui était un sergent de chars en 1939. Il était parisien et était un homme très gai et très camarade. Il tenait a être avec nous. Au bout de quelques jours il a vu que la jeune fille était souvent en conversation avec moi. De ce moment j'ai été nommé "Milord" et elle "Milorine". Il avait des amis anglais avant la guerre. En quelques jours il faisait complètement partie de la compagnie et a été sur le char du Capitaine de Witasse. Trois mois plus tard il est mort ayant reçu une balle dans la tête sur le Pont Kleber à Strasbourg. Nous avions perdu notre "Petit Parisien", ainsi nommé par Milord et Milorine !

Montereau II et Arcis Sur Aube, nous ont rejoints et la Section s'est trouvée au complet. Le Lieutenant est allé voir Caron à l'hôpital, on avait été obligé de l'amputer et il se trouvait très faible. Après plusieurs visites, il nous a rassemblés et nous a dit, d'une voix très basse, que Henri Caron était mort et nous sommes restés longtemps silencieux. La mort de Caron était un coup très dur pour la Section. C'est lui qui avait fait de nous les professionnels que nous étions devenus. Ce fut une grande épreuve pour le Lieutenant Michard car tous deux s'entendaient parfaitement et il existait entre eux une véritable affection. Seul, le Lieutenant a pu assister aux obsèques.

C'est triste à dire, mais nous acceptions la mort de nos camarades comme inévitable. Notre cœur restait avec eux, mais la souffrance aurait été trop grande si nous avions constamment pensé à eux.

Il y a eu deux défilés à Paris et ça été deux très belles occasions. Quoiqu'ils n'aient rien fait de plus que les autres chars, Montmirail, Romilly et Champaubert était très fêté.

Vers la mi-septembre nous avons repris la route et les beaux jours sont passés. Nous avons repris notre vie normale. Quand nous avons quitté Paris, la petite jeune fille était là et je lui ai donné tout mon argent. J'ai dû la réconforter en lui disant que ce n'était pas la peine que l'argent soit brûlé sur moi s'il arrivait quelque chose au Montmirail. Notre départ vers l'Est a été une véritable randonnée car le front se trouvait maintenant loin de Paris. Le déplacement fut très rapide et avec l'organisation superbe, propre à la DB.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:39

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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:40

La Libération de Grussenheim.
© Copyright 2000 Gaston Eve

Note générale: En janvier 1945 la 1ère Armée Française du Général de Lattre avait entouré un grand nombre d'allemands dans la "Poche de Colmar". La défense allemande était très forte. Afin d'empêcher les allemands d'éclater la poche et de menacer l'avance alliée en Allemagne, il était essentiel de dégager les villages à l'est, vers Markolsheim, comprenant Grussenheim. Le Général Haislip s'était tenu sur les Forces Françaises Libres et avait développé des relations de travail étroites avec Leclerc, en dépit des incursions non autorisées occasionnelles de Leclerc. Haislip, qui a compris les relations fraîches que l'Armée Française régulière et le Français Libre à eux deux, s'est radouci. Il a accepté de prêter temporairement une partie de 501ème RCC et quelques RMT à l'aide du Général de Lattre. Les Français Libres étaient mutilés sévèrement. Les unités d'infanterie de la 1ère Armée Française qui ont été censées aider le FFL libèrer le village ne sont jamais arrivées. On a constaté plus tard qu'elles n'avaient ne pas pu combattre parce qu'elles n'avaient aucune bottes!

La Deuxième Compagnie Chars a inclus:
Section de Commande: 2 chars, un half-track par radio, une jeep et une section de moto.
Section de Ravitaillement: 4 camions (munitions, carburant, bureau, et un camion de réserve en remorquage un petit canon), et un Half-Track de dépanneuse.
Il y avait trois Sections de chars, chaque Section avait un char de commande.
Montmirail était char de commande de la Première Section
La veille du départ pour la Normandie la compagnie a reçu un Sherman supplémentaire, armé avec un canon de 105mm. Ils l'ont baptisé La Moscowa et a été attribuée à la Section de Commande. Par conséquent la force de compagnie était forte de 18 chars.

L'équipage de Montmirail:
Lieutenant Louis Michard, Commandant de char (et Section);
Sgt Etienne FIorkowski, Tireur;
Pierre Mengual, Radio et Chargeur; (remplacé Paul Lhopital, blessé 24 août à Paris)
Sgt Gaston Eve, Pilote;
Marc Casanova, Aide-Pilote.

Notes Générale entre les [ parenthèses carrées ] écrit par Marc Eve.

Journée du 27 janvier.
L'effectif de la 2ème Compagnie de 501ème RCC était fort réduit en chars. C'était de sept chars le matin du 27 janvier. De la Section Michard, il n'y avait plus que : Montmirail et Arcis Sur Aube. La 2ème Compagnie est partie de son point de départ vers midi, accompagnés de quelques half-tracks d'infanterie. Il faisait froid et il était tombé beaucoup de neige. Les chars avaient été peints en blanc depuis quelques temps. Chars et half-tracks sont partis en colonne sur une route qui était à l'arrière du front. Nous sommes arrivés au abord de Grussenheim environ une demi-heure plus tard. A ce moment, nos chars ont quitté la route et se sont avancés à travers champs vers le village. Nous sommes arrivés à un endroit où il y avait un char de la 3ème Compagnie qui avait été détruit. Le char portait tout le désordre des coups qu'il avait reçu et, l'évidence que certaines membres de l'équipage avaient survécu car les portes avant restaient ouvertes et un de nos camarades était resté allongé, sans mouvement sur le haut d'une tourelle. Nous sommes passés tout près et à 200 mètres plus loin, nous avons trouvé un très long canon allemand sur chenilles. Il avait immédiatement à sa droite une grande haie qui le cachait complètement. Le devant et l'autre côté étaient enfouis dans la neige et il était encore en camouflage d'été. Heureusement pour nous il avait été abandonné sans doute par l'action de la 3ème Compagnie. Il n'y a pas eu de relève car il n'y avait personne sur place.

Il y avait beaucoup de tirs d'armes de toutes sortes. Nous avons avancé sans dégâts jusqu'à un endroit où il y avait une haie très haute et épaisse qui nous séparait de Grussenheim. Cette haie montait jusqu'à hauteur de nos canons. Deux ou trois cent mètres plus loin, il y avait un bois au travers lequel on voyait le village de Grussenheim.

Nous avons reçu et rendu beaucoup de feu d'un part et d'autre et nous étions obligés de changer constamment d'emplacement pour ne pas être atteints. L'Infanterie était à côté de nous le long de la haie et était très active mais peu nombreuse. Les conditions nous permettaient de sortir des chars de temps en temps pour parler ou casser la croûte. A un moment, je suis monté sur l'arrière de Montmirail avec le lieutenant Michard pour mieux me rendre compte du terrain devant nous. J'ai vite compris qu'il devait être très éprouvé quand nous avons entendu des balles siffler. Quelques temps après quand nous marchions le long de la haie, nous avons trouvé une civière abandonnée. Nous l'avons pliée sur l'arrière du Montmirail, pensant qu'elle nous serait peut être utile pour dormir à tour de rôle, si l'occasion se présentait. J'ai profité d'un moment de calme pour aller voir le camarade allongé sur la tourelle d'un des chars de la 3ème Compagnie. Je suis monté sur le char [Le Chemin des Dames] et j'ai pu constater qu'il était mort. Je l'ai laissé surplace car je me suis fait prendre sous le feu des armes légères du haut de la tourelle. Ce camarade s'appelait Armand Mager et je l'avais connu à Camberley. Je crois que, comme moi, il était de père anglais.

La nuit est tombée sans que nous ayons beaucoup fait de progrès et nous sommes restés surplace par équipage. Nous avons continué à changer l'emplacement des chars de temps à autre. La nuit a été très froide et sans sommeil. La civière est restée sur l'arrière du char.

Les Allemands ont contre-attaqué très fortement deux fois pendant la nuit, mais nous les avons repoussés. Chaque attaque était illuminée par toutes sortes de fusées mais je ne sais de quel côté elles étaient lancées. Elles nous ont permis de nous défendre.

Journée du 28 janvier.
Quand le jour s'est levé, nous avons fait du café et mangé. Notre moral restait excellent, mais notre plus grand inconfort résidait dans les chaussures américaines qui prenaient l'eau et nous avions les pieds trempés.

Les premières heures de la matinée ont été très calmes.

Vers 9 ou 10 heures du matin, nous avons vu les trois autres chars de la compagnie s'avancer vers un pont qui menait à Grussenheim. C'était un pont qui avait à peu près la largeur d'un char. [ Mis sur le fleuve par les ingénieurs, plusieurs entre eux ont été blessé ] Dès que le char de tête s'est engagé sur le pont, un obus l'a frappé et il a été déchenillé. Il est resté sur place arrêtant tout progrés. Je crois que c'était l'Ulm. [ L'Ulm, de la 2ème Section de la 2ème Compagnie. Suivi vite par une autre victime, le Phoque, un "Tank Destroyer" de 2ème Section de 2ème Escadron RBFM. Un régiment formé des équipes Navoire Français. ] Peu de temps après le Lieutenant Michard a rassemblé ses deux équipages et nous a dit que nous allions essayer d'entrer dans Grussenheim par une autre direction pour créer une diversion. Montmirail et Arcis Sur Aube avec deux ou trois HT [Half-Tracks] d'Infanterie ont rejoint la route qu'ils avaient quitté la veille pour trouver leurs nouveaux points de départ. Nous sommes allés à Jebsheim (je crois).

Il y avait là beaucoup de camions et autre matériel qui n'était pas à la 2 ème DB. Nous n'avons vu personne, ni un civil ni un militaire, pendant la traversée du village.

Nous nous sommes placés aux abords de Jebsheim, face à Grussenheim, que nous voyions au loin. Il y avait des maisons derrière et à gauche de nous et en face, face à Grussenheim, il y avait quelque chose comme une vigne qui était très haute et était maintenue par un cadre et plusieurs rangées de fils de fer. A notre droite il y avait une route qui allait en ligne droite sur Grussenheim. Il y avait des arbres le long de la route et à 300 ou 400 mètres à droite de celle-ci et sur toute la longueur de la route, Il y avait un bois très épais. D'où nous étions, nous pouvions voir l'endroit où étaient les deux autres chars et le peu d'infanterie qui devaient attaquer pendant nos diversion.

Nous sommes arrivés à notre point de départ vers midi. Le Lieutenant Michard nous a dit que nous partions à 13 heures exactement. Le jour était très clair et la visibilité bonne. Devant nous, était le terrain que nous devions traverser et, au bout, Grussenheim. Alors nous avons passé le temps à casser la croûte, arrosée d'un peu de vin que le lieutenant Michard avait trouvé dans une maison abandonnée. Nous avions très peu à nous dire l'un et l'autre, mais nous étions très calmes. Je pense que, comme moi, mes camarades ont réussi à faire face à l'inévitable avec détermination. Je me souviens que certains d'entre nous se sont serrés la main automatiquement car, c'était évidemment la fin de la route pour la compagnie.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:45

Un peu avant 13 heures, le Lieutenant Michard nous a rassemblés et nous à répété ses instructions. Tracqui, qui pilotait Arcis Sur Aube et moi sur le Montmirail ont eu ordre de foncer sans arrêt jusqu'à Grussenheim. Ensuite, le lieutenant Michard a passé le bidon de cognac qu'il avait à la ceinture et chacun a bu un gorgée ou deux. Après quoi, il est parti pour couper le fil de fer de la vigne, en face d'Arcy-Sur-Aube et Montmirail, pour que nous passions, sans la déraciner et démolir son grand cadre.

A 13 heures, exactement, nous avons démarré, à toute vitesse et en ligne pour limiter l'objectif vu de la lisière du bois. Montmirail était tout à fait à droite, ensuite Arcis Sur Aube et ensuite les half-tracks. II y a eut un élément de surprise car, pendant les 300 premiers mètres, il n'y a eu aucune réaction de la lisière du bois. A partir de ce moment-là, tout a changé, et nous avons été l'objet de tirs considérables de la lisière de bois. Les obus qui arrivaient étaient manifestement des perforants car, devant Montmirail, il y avait des bouffées de neige, fait par chaque obus qui allait à terre, sans la grande explosion des obus explosifs.

La terrain était complétement découvert et, en regardent à ma gauche, je voyais les même bouffées de neige autour Arcis Sur Aube et les half-tracks. Quoique le terrain parût plat sous la couverture de neige, le Montmirail, marchant à toute vitesse, était en mouvement constant et soiuvent brusque, et nous ne pouvions répondre aux tirs ennemis. La vitesse des chars et les crochets, et la proximité des cannons allemande rendaient a rendu difficile la tâche des tireurs ennemis. Nous sommes tous arrivés indemnes, quoique vers la fin du trajet, nous étions pris de l'arrière.

Nous nous sommes mis hors de vue de la lisière du bois. Le Lieutenant Michard est descendu de Montmirail pour parler à l'Officier d'Infanterie et est revenu dans le char.

Dès le debut, nous avons été sujets d'un tir des armes automatiques et de bazooka. Le feu, leger au début, s'est rapidement intensifié et nous avons été obligés de nous déplacer. Le danger était trop grand pour le Montmirail reste sur place et nous avons immédiatement commencé à faire la navette le long de Grussenheim sur un longueur de 100 à 150 mètres. Le très peu d'infanterie que nous avions ne pouvait pas s'établir et nous les voyions de temps à autre dans des conditions très difficiles et nous les soutenions ou ils nous soutenaient comme nous pouvions.

Dès le début, le Lieutenant Michard a été la cible de tireurs isolés. Comme d'habitude, sa tourelle restait ouverte. Il portait son casque de char et, par-dessus, un casque d'infanterie qui lui recouvrait la tête jusqu'au dessus des yeux. Sa hauteur lui permettait d'avoir les yeux juste au-dessus de la tourelle et de voir de tous les côtés. Ses ordres, sur l'intercom étaient toujours parlés calmement, jamais criés et étaient, et ont été constants. En tant que pilote, j'avais le temps de constater ce qui se passait. Parfois, quand le danger était évident, il me chuchotait presque ses ordres comme s'il pensait être entendu hors du char et notre manœuvre prévue par l'ennemi. A ces moments il y avait urgence calme dans sa voix, après quoi il disait «Bien» à son tireur, ou, à nous tous «II a fait chaud» ou quelque chose comme cela.

Rapidement, le premier vide d'obus a été dépensés de la tourelle et cela a été répété plusieurs fois dans l'après-midi. La tourelle tournait sans arrêt et Montmirail bougeait sans cesse. Nous recevions constamment des ordres et le temps, sans que nous le sachions, passait très vite.

Au bout d'environ une heure, l'attaque ne venant pas de notre gauche, et la présence de bazooka, d'un ou deux chars allemands et le feu d'armes automatiques se faisant de plus en plus sentir, le Lieutenant Michard a envoyé son premier appel par radio. Il a répété deux fois : «Sommes installés à la patte d'oie. Demandons renforts». J'ai entendu l'appel par mes écouteurs mais il n'y a pas eu de réponse. Nous avons continué à manoeuvrer et à tirer ça et là.

Environ, 30 à 60 minutes plus tard, le Lieutenant a répété, avec le même calme, exactement le même message, deux ou trois fois, et il n'y a pas eu de réponse. Il n'y avait toujours pas d'attaque vennant de notre gauche.

Pendant nos manœuvres, nous sommes passés, toujours aux abords de Grussenheim, à côté de notre infanterie et le Lieutenant a parlé avec l'officier d'infanterie. Je ne sais pas que lui a dit. Après quoi il m'a dit : « Plus vite mécano », et nous sommes retournés au carrefour (la patte d'oie) et d'avancer dans le village par la rue qui venait de Jebsheim. Une des maisons de cette rue brûlait et de la fumée venait de celle d'à côté. J'ai vu près de nous quelque uns de nos fantassins et il y avait beaucoup de tirs d'un côté et de l'autre. Le Montmirail est arrivé à une route transversale à celle dans laquelle nous étions. Le Lieutenant m'a dit d'avancé très doucement et de regarder à ma gauche. De ma position, j'ai vu un char allemand qui était de face, mais dont la tourelle n'était pas tout à fait dans notre ligne. J'ai fait une brusque marche arrière et j'ai prévenu le Lieutenant



Un peu de temps après, le Lieutenant m'a dit d'avancer à nouveau très lentement. Le char allemand n'était pas là, et nous avons eu juste le temps de voir le bout de son canon disparaître. Il faisait marche arrière dans la rue perpendiculaire à la notre. Nos deux chars étaient séparés par deux rangées de maisons. Comme nous ne pouvions pas nous mettre dans sa ligne de tir, le Lieutenant Michard m'a dit de faire marche arrière dans la rue d'où nous étions sortis. Il a dit à Lhopital de charger à perforant et à Florkowski de faire tourelle à gauche. Nous avons tiré à perforant à travers les maisons pour avoir le char allemand de côté. Les événements suivants ont prouvé que cela avait été sans succès. Après cela nous sommes restés dans Grussenheim en manœuvrant de place en place mais sans aller jusqu'à la rue dans laquelle nous avions vu le char allemand attendait de nous passions.

Notre situation était intenable car nous avions toujours trop peu d'infanterie. Le Lieutenant Michard nous a dit que nous allions essayer de prendre le char ennemi par l'arrière, et le Montmirail est reparti au croisement à l'entrée du village. Avant d'y arriver, nous avons entendu des explosions très sèches de combat entre chars. Nous avons appris que c'était Arcis Sur Aube qui se battait contre un char allemand. Le lieutenant Michard m'a donné une direction et nous sommes arivés à un endroit où, pendant un second, nous avons vu le coin arrière d'un char allemand disparaître derrière un mur qu'il avait démoli pour s'échapper.

Quelques minutes plus tard, nous avons vu deux chars allemands qui battaient en retraite de Grussenheim. Ils étaient assez loin et ont disparu sans que nous puissions les toucher. Cela nous a beaucoup encouragés.

Il n'y avait toujours pas le signe de l'attaque prévue de l'autre côté du village. Il y avait environ trois heures que nous étions là. Notre tourelle tournait de plus en plus lentement car les batteries commençaient à faiblir. Le Lieutenant parlait soit avec le chef de char d'Arcis Sur Aube, soit avec l'Officier d'Infanterie. Nous sommes repartis en navette et le Montmirail s'est retrouvé au carrefour que nous connaissions bien. Le Lieutenant était très calme et très maître de lui-même et de la situation qui était devenue plus favorable. Il m'a dit de pénétrer dans le village et j'ai tourné le Montmirail en direction de la rue qui nous menait à l'intérieur du village et que nous avons déjà prise.

A ce moment-là, j'ai entendu un «Tourelle à droite» très calme mais très définitif. J'ai tourné mon périscope pour voir ce qu'il se passait. J'ai vu un Allemand au milieu de la route, qui était à notre droite. Il avait en vue tout le côté du Montmirail. Il avait un genou à terre et avait un bazooka sur son épaule. Il a tiré pendant que notre tourelle tournait et a eu le temps de sauter derrière un mur. Notre explosif a percuté juste l'endroit où il avait été. Avec le tir du bazooka, il y a eu une commotion dans la tourelle et une petite secousse. Le lieutenant Michard était complètement dans la tourelle, un peu secoué mais pas blessé. Il dit que nous avions pris un coup sur la tourelle, exactement au même endroit que dans la Forêt d'Ecouves. En fait, quoique l'allemend ait été à 30 à 40 mètres de nous, il avait tiré trop haut et avait touché et arraché la toute petite coupole qui formait une entrée d'air en haut du Montmirail.

Le coup avait déréglé notre tourelle qui ne tournait plus maintenant qu'à la main. Le Lieutenant m'a guidé en marche arrière, mais dès la début de cette manœuvre, je n'ai pu recevoir d'ordres. Je me suis tourné pour regarder dans la tourelle et j'ai vu que le lieutenant était debout. Il avait ses deux bras croisés sur la culasse du canon et sa tête appuyée sur ses bras. Il y avait un tout petit filet de sang qui coulait de sa tempe. Il avait dû avoir un moment d'inattention en me guidant.

Mon jeune co-pilote, Casanova, est immédiatement sorti du Montmirail pour monter sur la tourelle et aider le lieutenant. Etant debout sur le char, il a eu la chance d'être raté par une rafale et a dû sauter dans sa place. Notre tireur, Florkowski, m'a dit de faire marche arrière et m'a guidé jusqu'à ce que le char soit le long d'un mur qui montait à environ mi-tourelle. Il a dit à Casanova de venir dans la tourelle où le Lieutenant était toujours debout et m'a dit de venir sur la tourelle pour tirer. Ils ont poussé le lieutenant et je me suis mis debout sur la tourelle et j'ai mis mes bras sous ses épaules. Nous avions du mal à le soulever. Il y avait une petite marche à l'intérieur de la tourelle sur laquelle on mettait un pied pour sortir ou rentrer. Un de mes camarades a mis le pied du lieutenant sur la marche et lui a dit de pousser ce qu'il a fait sans rien dire. De ce fait nous avons pu mettre toujours debout, sur le côté avant du char où un de mes camarades m'a rejoint pour m'aider à le descendre sous un tir d'armes qui nous a tous trois manqués.

Le lieutenant avait les yeux fermés et ils sont restés fermés tout le temps qu'il a été avec nous. Il ne se plaignait pas du tout, semblait n'avoir aucun mal et n'a jamais porté la main à sa tête.

J'ai continué à le maintenir par les épaules et mon camarade (Je ne me rappelle plus lequel) lui a tenu les jambes. Le feu d'armes que nous subissions nous a obligé à précipiter et, pendant la descente, le Lieutenant a perdu deux gros morceaux de cervelle. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous avons vu qu'il avait un grand trou derrière la tête, assez près du cou. Une fois à terre, nous étions tous hors de danger. Nous avons déplié la civière qui était resté sur l'arrière du Montmirail et avons mis un pansement autour de la tête du lieutenant, après quoi nous l'avons allongé.

Je suis resté à côte de lui et me suis assis. Apres quelques moments, sans que je lui parle, il a dit : «Sauvez-moi». Comme il avait les yeux fermés, je lui ai dit : «C'est Eve qui vous parle. Vous êtes hors du char, vous êtes sauvé». (J'ai hésité à écrire cela et je le regrette un peu car le lecteur peut s'imaginer que le lieutenant Michard ne pensait qu'à lui même. C'est ne pas le cas. Il était avant sa mobilisation en 1939 clerc minoré et il avait un croyance et une foi profonde. Sur le moment, j'ai pensé et cru qu'il s'adressait à moi et je lui ai parlé en réponse. Mais il est tres possible qu'avec sa grande Foi, le «Sauvez moi» était adressé au Dieu qu'il aimait tant.)

Un peu plus tard, quand je parlai avec quelqu'un à côté, le lieutenant s'est assis sur la civière et a essayé de se mettre debout. Il a dit, de nouveau, «Sauvez-moi». Je lui ai répété qu'il était sauvé et l'ai aidé à s'allonger. Cela paraît incroyable, mais il n'y avait toujours qu'un petit filet de sang sur sa joue et rien ni sur ses habits ni sur le civière. Arcis Sur Aube, l'infanterie et les half-tracks étaient réunis à côté du Montmirail et je ne sais comment tout cela a été fait. Un des half-tracks est venu près du Montmirail car il avait été décidé que nous restions et que le lieutenant et quelques blessés allaient être évacués par half-track. Nous n'avions pas de secours avec nous. Nous avons chargé la civière dans le half-track avec d'autres blessés, et il est parti à toute allure vers Jebsheim, encerclé d'éclats d'obus. Je l'ai vu entrer dans Jebsheim et, à ce moment là, j'ai vu un ou deux de nos chars qui semblaient arrêtés aux abords de Jebsheim, juste à côté de la route qui menait à Grussenheim. Nous sommes remontés sur Montmirail. Florkowski était chef de char et je ne sais pas qui était tireur entre Casanova et Lhopital.

Je ne sais pas ce qui s'est passé après ça. Peu de temps après, Florkowski m'a dit que nous repartions sur Jebsheim et du fait, Montmirail, Arcis Sur Aube et les half-tracks sont repartis à toute vitesse, sans être touchés par les tirs qui nous encadraient. Je n'ai pas vu les chars qui allaient nous remplacer mais quand je suis sortis du Montmirail j'ai vu qu'ils étaient aux abords de Grussenheim.

Il pouvait être 16 h 30 et on voyait que la nuit approchait. Nous sommes sortis de nos chars et half-tracks derrière la vigne, à l'endroit où nous étions partis. Nous avions un petit drapeau français avec un croix de Lorraine que notre marraine de guerre nous avait donné à Rabat. Nous ne l'avons pas porté depuis la libération de Paris et nous l'avons piqué à l'endroit prévu sur la tourelle du Montmirail toute de suite, en signe de défaillance sans doute.

Peu de temps après le Capitaine de Witasse [ Commandant de 2ème Compagnie 501 RCC ] est venu vers le Montmirail où il s'attendait à voir le lieutenant Michard. Nous lui avons dit qu'il avait eu une balle dans la tête. Il nous a appris alors que le Lieutenant de la Bourdonnaye [ Commandant de la première section ] avait été tué et que l'aspirant sur l'autre char avait été blessé. [ Le capitaine a fait référence à Aspirant Richardeau, Commandant de la 2ème Section. ]

Après un moment, il nous a regardé et a dit : «Plus un Officier» et s'est mis à marcher autour du Montmirail et de l'Arcis Sur Aube, en baissant la tête et répétant «Plus un Officier». Il a fait trois ou quatre fois le tour des deux chars pendant que nous le regardions, puis s'est arrêté devant nous. Il nous a dit que le Lieutenant-Colonel Putz et un ou deux de ses Officiers avaient été tués par un obus. Je ne pu que penser à cela et a la mort du Lieutenant de la Bourdonnaye qui a rendu impossible l'attaque pour laquelle nous étions en diversion.

Le Capitaine de Witasse nous a dit de nous reposer pour la nuit à Jebsheim, puis il est reparti vers Grussenheim. Quand J'ai voulu mettre les moteurs de Montmirail en route, cela a été impossible car nos batteries étaient à plat. Ca été un triste moment et le Montmirail a dû être remorqué.

Le lendemain, le front était loin de là. J'ai allé voir un médecin au poste de secours. C'était un docteur que j'avais connu en Afrique et qui connaissait le Lieutenant Michard. Il nous a dit qu'il avait été évacué vivant mais qu'il était mort dans la nuit. Il nous a dit que même s'il avait survécu, il aurait eu une incapacité complète et n'aurait reconnu personne. Le Lieutenant Michard avait été mortellement blessé dans les derniers instants du notre combat de notre guerre.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:46

La Compagnie est rentrée le lendemain à Sélestat.

Peu de temps après, le Général Leclerc est venu nous voir. Je me souviens que nous sommes allés sur le trottoir devant la maison où nous étions. Nous étions quinze à vingt. Nos chars n'étaient pas là. Il y a eu un simple Garde-à-Vous dans la rue. Le Général Leclerc nous a parlé très simplement. L'ambiance était fière mais triste : nous étions tellement peu ! En dépit de toute notre volonté, nous savions que nous n'étions plus en état de combattre pour le présent.

Pensant que le Lieutenant devait être enterré dans les environs, nous avons fait faire une croix de bois pour aller là mettre sur sa tombe. L'inscription était simple:

«Lieutenant Louis Michard. 28.1.45. F.F.L.»

Quoique nous soyons restés dans la région une semaine ou deux, il nous a été impossible d'établir où il était enterré. Nous avons gardé la croix dans le Montmirail pensant là placer un jour. Avant de partir pour l'Allemagne nous avons brûlé la croix dans un champ français.

Grussenheim fut notre dernier combat et le Lieutenant Michard a été mortellement blessé dans les dix à quinze dernières minutes du combat et mon récit a été écrit avec un souvenir qui reste clair et dévoué, par le Pilote du char du Lieutenant Michard, avec qui il a fait équipage de février 1941 au 28 janvier 1945.
Gaston Eve, 21 et 22 février 1982.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:47

L'Obersalzberg.
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Note générale:
L'équipage de Iéna 2:
Sergent Gaston Eve, Commandant de char
Philippe Bey-Rozet, Tireur
Georges Dornois, Radio/Chargeur
Jean Brissé, Pilote
André Beaufils, Co-Pilote/Mitrailleur

A Châteauroux j'ai eu l'honneur de recevoir la Croix de Guerre des mains du Général Leclerc, à cause de ce que nous avions fait à Grussenheim. J'ai défilé à Paris sur le Montmirail qui avait deux bagues au canon, et, sur le côté de Montmirail, nous avions fait peindre «Lieutenant Michard». Notre tireur, Etienne Florkowski, était devenu Chef de Char, Paul Lhopital était passé Tireur, et Pierre Mengual, Chargeur. Mon co-pilote était toujours le jeune Marc Casanova.

Depuis que nous avions vu la première fois à Casablanca, jamais le Montmirail n'était tombé en panne. Il avait reçu trois obus perforants et vu bien d'autres le frôler. Il n'était pas seulement un engin d'acier, car sans lui, nous n'aurions rien fait pour libérer la France. Pendant nos déplacements, quand nous roulions sur une route surélevée, j'ai aperçu devant moi une partie de la chenille qui était cassée. Même Caron n'avait pas prévu cette situation. J'ai tiré sur les deux freins, mais évidemment Montmirail a viré à gauche et est tombé tout doucement et gracieusement sur le côté, dans le champ qui bordait la route. Il s'est renversé très lentement et personne n'a eu de mal. Un char de l'atelier nous a remis sur chenilles mais se fut un gros travail.

A ce moment-là, le Capitaine de Witasse m'a demandé si je voulais être Chef de Char Iéna II. Je lui ai répondu oui sans hésitation. J'ai donc quitté mes camarades du Montmirail avec beaucoup de regret, mais ce char est resté dans mon cœur.

Sur IENA II, J'avais des camarades très chics et très braves : le Pilote, Maurice Amzallag, qui nous avait rejoint à Sabratha, Jean Brissé, Phillipe Bey-Rozet, André Beaufils et Georges Dornois. Je savais qu'ils avaient confiance en moi et cela m encourageait.



Avant de partir pour l'Allemagne, il nous est arrivé un malheur. Je voulais avoir un char toujours très propre, surtout le moteur que nous avons nettoyé avec de l'essence, ce que j'avais déjà fait sur Montmirail ( à moteur Diesel ). Nous nous trouvions sur la plage arrière lorsque j'ai demandé à Amzallag de mettre le moteur en marche. J'étais penché sur le moteur quand il s'est produit une énorme explosion d'essence. Nous avons tous sauté à terre et Jaouen, du Romilly, qui par bonheur se trouvait dans les environs, a déclenché les extincteurs. Le moteur n'a eu aucun dégât, Amzallag a été légèrement brûlé, mais Bey-Rozet, Beaufils et moi, nous sommes retrouvés à l'hôpital. J'étais brûlé à la figure, je n'avais plus ni cils, ni moustache, ni sourcils et mes cheveux partaient par poignées. Odette, à qui j'avais écrit, est venue me voir à l'hôpital, mais ne m'a pas reconnu. Ma figure était devenue toute noire. Quand elle est repartie j'ai voulu l'embrasser mais je lui faisais peur et mes lèvres elles aussi étaient abîmées. Au bout d'une vingtaine de jours, Amzallag est venu me dire que la Compagnie partait le lendemain. Les infirmières m'ont fourni un uniforme, je suis parti avec Amzallag, et nous avons rejoint Iéna II. Je n'étais pas beau et ne pouvais porter mon béret.

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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:53

En Allemagne, la première ville traversée était complètement détruite. Notre avance a été très rapide et presque sans arrêt. Le déplacement de la DB et le ravitaillement étaient superbement organisés. A un moment, il est tombé beaucoup de neige, il faisait froid et je me suis demandé si nous allions nous battre comme à Grussenheim. J'étais plein d'appréhension. Pourtant, il n'y a pas eu de combat. Les Allemands, le long des routes, se rendaient par unités entières.

A un moment, nous sommes entrés dans une maison pour demander des confitures. La seule occupante de la maison était une dame d'une quarantaine d'années, bien habillée, très allemande. Elle nous a déclaré qu'elle n'avait pas de confitures. Un de nous est allé dans le garde-manger et a trouvé deux beaux pots qu'il a rapportés. Il lui en a versé un sur la tête, et nous avons mangé l'autre.

A Munich nous avons trouvé le train de Gœring, blindé. Il était fort beau et bien aménagé, avec une belle cave, lui aussi, de très belles chambres, un restaurant, un salon, des salles de conférences, des salles de bain.

Nous sommes arrivé [Le Groupement Barboteu, dénommé àpres leur officier, Commandant Barboteau.] à Berchtesgaden dans l'après-midi du 4 mai 1945 et nous nous sommes répartis dans des chalets occupés par des familles très aisées.

Avec la grande dignité que le Général Leclerc nous avait demandé d'avoir dans notre conduite en Allemagne, j'ai demandé avec mes quelques mots d'allemand, un peu d'anglais ou de français aux occupants du chalet où allait être hébergé l'équipage du Iéna II et où trouver à manger et des lits. Nous n'avons eu ni repas, ni lits, car, à ce moment-là, j'ai reçu l'ordre de rejoindre un sous-groupement qui devait partir immédiatement pour l'Obersalsberg.



Le sous-groupement [Appelé par code "Messiah", il c'est composé du chars de la 2ème Compagnie de 501 RCC avec les Half-tracks de la 12ème Compagnie le III RMT commandé par de Florentin] était composé d'environ quatre half-track du RMT, du char Ulm, commandé par mon camarade Etienne Séleskovitch et de mon char que je commandais depuis trois mois, ayant été avant cela, de l'équipage du Montmirail (Je détiens une photo du Iéna II au départ). Je ne me rappelle pas qui commandait le sous-groupement mais ce n 'était ni Séleskovitch ni moi car nous n 'étions que sergent.

Le sous-groupement partit en ordre de combat car nous ne savions pas ce qui nous attendait le long de la route ou dans l'Obersalzberg, L'Ulm avait été désigné char de tête et mon char était immédiatement derrière lui. C'était toujours la tactique pour le premier et le deuxième char. Nous savions le destin possible pour nos deux chars mais rien ne nous aurait fait céder notre place ce jour-là,

Le départ de Berchtesgaden se fit par une route qui serpentait à la base de la montagne. Apres un certain temps, que je ne peux pas spécifier maintenant, la route est entrée dans le bois qui couvrait toute la montagne.

De temps à autre, l'Ulm que je suivais de très près en cas de combat, était obligé de quitter la route pour des raisons dont je ne souviens pas. Je le suivais dans un détour de la forêt et il rejoignait la route un peu plus loin,

La montée dans l'Obersalzberg a pris assez longtemps il me semble, et a mi-chemin environ, j'ai vu l'Ulm glisser dans un fossé et ne plus pouvoir en ressortir, soit la longue de la route, soit dans la forêt. Il était entouré d'arbres ou avais des arbres très près de lui. J'ai arrêté Iéna II immédiatement mais j'ai dû avoir ordre de continuer la montée car je ne suis pas sorti du char et je n'ai pas parlé avec Séleskovitch [Pendant que l'Ulm passait au-dessus un pont il s'est effondré. Commandant de Florentin a commandé l'Ulm pour être abandonné!]. Halftrack et char sont donc passés à côté de l'Ulm et la montée s'est poursuivie. Grand dommage pour Séleskovitch et moi qui avions fait un si long chemin ensemble depuis notre départ de Liverpool en août 1941 avec la 2ème Compagnie de chars de la France Libre de notre premier commandant le Capitaine Ratard. Grand dommage surtout pour toute la camaraderie entre équipages.



En arrivant au sommet de cette partie de la montagne, je me suis aperçu que des arbres avaient été endommagés par des explosions de bombes car il y avait des cratères de place en place. Encore plus haut, la route tournait brusquement à droite et j'ai vu, devant nous, là que la route continuait en ligne droite, une grande barrière en métal qui était fermée et, à côté de cette barrière, une guérite pour sentinelle.

Le sous-groupement a suivi la route qui allait à droite et, immédiatement après le tournant, j'ai vu que beaucoup d'arbres étaient couchés le long de la route. Il y avait un ou deux chalets très endommagés et beaucoup de cratères de bombe très profonds. J'ai su après que la RAF était passée par-là en avril. Un peu plus loin à gauche, il y avait un tournant à gauche et dès que nous l'avons pris, nous nous sommes trouvés au sommet de cette partie de la montagne.

A ce moment, j'ai vu des bâtiments immédiatement à gauche de la route. Il y en avait trois ou quatre. Je crois que tous étaient intacts. En regardant plus loin, à l'arrière de ces bâtiments, j'ai vu un grand chalet sévèrement endommagé et partiellement brûlé. Plus loin, à sa droite et à sa gauche, il y avait des chalets très endommagés. J'ai arrêté Iéna II devant le plus grand bâtiment à gauche de la route. Ce bâtiment était intact. Je ne me souviens pas quels ont été mes ordres mais ils ont dû être de vérifier les bâtiments pour être sûr qu'il n'y avait personne et aucun danger sur place car c'est ce que nous avons fait.
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:55



Quatre des cinq membres de l'équipage de Iéna II sont sortis du char et nous sommes entrés dans le plus grand des bâtiments. Je pense que la double porte était ouverte car je ne me souviens pas que nous avons eu à la forcer. Nous nous sommes trouvés dans le hall d'un hôtel. Tout était impeccable et les fauteuils, tables, chaises, etc., en place. Au fond de ce hall, il y avait une réception et nous avons vu que nous étions dans le Platterhof Hôtel. En traversant le hall, nous nous sommes trouvés dans un restaurant. Là aussi, tout était impeccable. Tables et chaises étaient parfaitement placées. Tout était très propre. Ceux qui avaient été les derniers à partir parmi les employés avaient fait leur travail habituel. En traversant le restaurant, nous avions trouvé une porte qui menait dans une cuisine qui, elle aussi, était impeccable avec tout son équipement parfaitement rangé. Au fond de la cuisine, il y avait une porte qui menait à un escalier qui descendait dans le sous-sol. Nous nous sommes trouvés dans une superbe cave avec des rangées de cadres pleins de bouteilles de toutes sortes, mais surtout des produits français. Tous les casiers étaient absolument complets et tout étaient en ordre parfait. Voyant tout ceci intact nous savions que nous étions les premiers militaires dans l'Obersalzberg !... Nous savions que nous avions gagné le gros lot !... Mais nous avions encore à faire et nous avons tout laissé sur place pour le moment.

De là, nous sommes retournés dans le hall pour monter au premier étage afin de là vérifier et être sûrs qu'il n'y avait personne. Là, nous avons trouvé toutes les chambres. Elles étaient toutes dans un désordre total. Tous les lits avaient été occupés. Les pots de chambre contenaient de l'urine et autre et cela devait avoir été un départ rapide. Après cela, nous avons vérifié, les alentours de l'hôtel.

Ensuite, nous sommes montés dans Iéna II pour aller dans le grand bâtiment partiellement détruit et brûlé. Nous avons pris la route qui nous menait à la barrière et à la guérite que nous avions vues lors de la montée. Nous n'avons pas eu à forcer cette barrière et quand le char l'a traversée, j'ai reconnu de grands bâtiments que j'avais souvent vu dans les actualités quand j'allais au cinéma en Angleterre avant la guerre. C'était la résidence officielle de Hitler, là que il recevait tous les diplomates lors de tous les événements et négociations des années trente. Le grand escalier qui menait à l'entrée principale n'était plus là. Les fenêtres de devant jusqu'au balcon étaient démolies. Il y avait beaucoup de dégâts sur le côté. Les alentours étaient déserts.

Nous sommes montés vers l'entrée principale. Là nous avons pris un escalier qui nous menait au premier étage. En tournant à droite, en haut de cet escalier, nous nous sommes trouvés dans le grand salon avec ce grand balcon qui dominait une superbe vue de l'Autriche d'avant guerre et que j'avais vu aussi dans les actualités au cinéma. Les murs étaient intacts. Il n'y avait pas un tableau et pas un meuble dans cette grande pièce, à part un très grand canapé à peu près aux deux tiers du chemin vers le balcon. Nous avons traversé la pièce pour aller jusqu'au balcon (j'ai vu une vidéo qui nous montrait une table et des chaises devant le balcon; elles n'étaient pas là quand nous sommes entrés les premiers le 4 juin).

Ensuite nous sommes allés dans ce qui était accessible du sous-sol. Là, il y avait des meubles et toutes sortes de choses qui, je pense, avaient été déménagées du grand salon après le bombardement. Nous n'avons rien touché !...

De là, nous sommes remontés dans Iéna II pour aller au Platterhof car le temps passait et il fallait trouver nos camarades du RMT. Nous savions maintenant qu 'eux et nous étions les seuls occupants de l'Obersalzberg et que nous allions survivre à la guerre.

Comme nourriture, nous n'avions que nos " K rations ". Nous sommes descendus à la cave et nos rations ont été arrosées par du champagne, du vin et un café cognac, tout français : une manière magnifique de finir la guerre dans l'endroit même où Hitler avait vécu avant guerre ! Nous avons bu très modérément. Mes camarades d'équipage avaient de deux à quatre ans de moins que moi et je n'avais pourtant que 24 ans. Ils étaient très sobres eux aussi.

A la tombée de la nuit, nous avons organisé un tour de garde parmi les cinq membres de l'équipage ; les quatre autres ont dormi dans le char pour la dernière fois de la guerre. Nous sommes réveillés à l'aube. Nous savions que les douze à quatorze heures que nous avions passé seuls avec nos camarades du RMT dans notre domaine étaient presque finies. Nous avons pris un petit déjeuner de rations K et très probablement un café cognac. Sachant ce qui allait arriver très rapidement à la superbe cave de l'hôtel, notre première pensée, à notre réveil, a été de mettre dans léna II une bonne quantité de champagnes, vins et bouteilles de toutes sortes pour faire de bons repas dans quelques semaines. Nous avons eu bien raison. La nouvelle s'est vite répandue et après les camions de la DB sont venus des camions américains. Mais la DB avait déjà bien fait son travail. J'ai vu la cave 24 à 36 heures après; elle était absolument vide à part un bon nombre de bouteilles cassées dans la cohue.

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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 20:57

Nous savions aussi que nous allions avoir un grand nombre de visiteurs français et américains vu le lieu dans lequel nous étions. Nous avons mis léna II près du tournant où était la grande barrière qui menait à la résidence officielle de Hitler. Il y avait aussi des half-tracks à cet endroit pour que tous puissent voir chars et half-tracks avec nos croix de Lorraine, insignes de la DB. Hélas, l'histoire m'a prouvé que personne ne vit léna II dans son moment suprême !

Le 5 ou 6 mai, probablement le 5, notre camarade, l'Adjudant Albert Parmentier, est venu nous rejoindre, sans doute aux ordres du Capitaine de Witasse car, en tant que sergent, j'étais le plus haut gradé « char » sur place de la compagnie. [Comme un geste spéciale Adjudant Parmentier a apporté les chars Eylau et Essling de 3ème Section de la 2ème Compagnie en l'honneur de leur Commandant, Lieutenant de la Bourdonnaye, qui a été tué chez Grussenheim] A un moment, nous avons décroché d'un mur un grand tableau peint de Hitler et nous l'avons mis sur le devant du Iéna II. J'ai photographié l'équipage et l'Adjudant Parmentier avec le char et le tableau. (J'ai cette photo.) La vie du tableau a été très courte. Un camarade a allumé une cigarette, il a brûlé un trou dans la bouche de Hitler, après quoi il lui a mis la cigarette dans la bouche.., (Pas de photo de cela, hélas! Mais j'ai aussi une photo du groupe char assis sur un mur.)

Quand j'ai entendu par radio, le 8 mai, que la guerre était finie, nous étions toujours dans l'Obersalzberg. Nous avions passé des jours agréables là haut et, inévitablement, j'ai parlé anglais avec beaucoup d'Américains qui étaient dans le secteur et qui avaient été et pour qui nous avions été de bons compagnons. Ces derniers jours, l'équipage a dormi dans les chambres au Platterhof. Nous mangions toujours nos rations K car il n'y avait pas un Allemand, civil ou militaire dans l'Obersalzberg.



La chose la plus frappante a été le respect total de la part des Allemands pour ce lieu. Même les objets de grande valeur ont été laissés où ils étaient et l'équipage a fait de même ! Quand je suis revenu en Angleterre en juillet 1945, j'ai donné à ma mère la seule chose que j'avais prise dans l'Obersalzberg : une serviette de toilette marquée « Platterhof » ; elle en fut très contente...

Le 9 ou 10 mai, Iéna II est descendu à Berchtesgaden où nous avons trouvé nos camarades de la 2eme compagnie. Nous avons repris notre vie ensemble tout naturellement.

Mais pour l'équipage du char Iéna II de la 2ème Compagnie du 501ème RCC, le 4 mai fut un jour fantastique. Le hasard a voulu que de notre 2ème DB et de toutes les armées, notre char fut le premier à aller dans ce lieu unique et historique. Là étaient les résidences officielles et privées des chefs du III Reich et c 'était là que Hitler avait préparé cette page terrible de l'histoire des années trente...

De gauche à droite, Bey-Rozet, Dornois et Adj Parmentier avec un tableau décroché d'un mur au le Nid d'Aigle

Ce récit et dédié à CLAUDE PHILLIPON, LUCIEN ASPLANATO et DANIEL RENOU, tués sur le premier Iéna, le 16 novembre 1944 à Petitmont.
Gaston Eve, 16 Novembre 1995
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 21:00

La Fin De La Guerre.
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Vers le 10 mai, nous avons exécuté un grand déplacement d'une journée et d'une nuit et nous sommes arrivés, au petit jour, épuisés, dans un très beau village allemand, près d'un lac magnifique [ L'Ammersee ]. Dans les environs se trouvait un hôpital avec des blessés militaires allemands.

Brissé avait son père déporté à Dachau et il a appris qu 'il était mort du typhus. Voir Dachau a été une expérience épouvantable, et pendant bien des années, le souvenir m'est demeuré insupportable. We should never have gone to Dachau Concentration Camp. Seeing Dachau was a disgusting experience. Since my tank driver Jean Brissé knew his father to be held there we inquired from the inmates, by then in a dreadful condition, about his father and those who had known him told us he had died two or three weeks before of typhus. For many years after I found the recollection of it unbearable. [Brissé recieved a letter from his mother while at the Obersalzberg. It informed him that his father had been deported to Dachau, a tremendous shock amidst all the celebration. He was a mere 80km away! Upon their being relieved at the Obersalzberg Gaston and Jean went together by jeep to see if he could be rescued. They were too late, he had died. To add to the anguish two of his fathers rings were found and returned to Brissé! Confirmation of his fathers fate]

Nous sommes rentrés en France et j'ai été malade, je n'avais plus ni force ni volonté. Souvent, j'ai pensé que c'était une réaction à tout ce que nous avions subi et enduré. C'est à ce moment là qu'on a demandé des volontaires pour l'Indochine. Je n'avais plus la volonté de me battre.

La veille de notre démobilisation, 30 à 40 de nous des 120 FFL des premiers jours qui étaient toujours à la compagnie ont cotisé la somme nécessaire pour faire un dernier repas ensemble, avant de rentrer chez nous. Pas un de nos bons et chers camarades qui nous ont rejoint à Sabratha et qui ont tout fais avec nous n'a été invité, même pas le Capitaine de Witasse qui a fait le très grand geste de venir nous voir, à la fin de notre repas, et de nous parler chaleureusement. Il était inévitable que ce qui avais été forgé les premiers temps vienne à la surface et que nous nous rassemblions une dernière fois dans cet esprit, en mettant tout de l'autre à côté. De nos officiers il n'y en avait plus. De nos sous officiers je ne vois que Moullé car L'Adjudant Raveleau avait eu les pieds gelés à Grussenheim et n'était pas de retour. L'ambiance dans ce petit restaurant français, servi par des françaises a été belle jusqu'au moment où un camarade a demandé un silence vers la fin du repas pour les copains qui n'étaient plus là. Nous n'étions plus les petits gars de 17 à 20 ans de 1940/41 et à ce moment là, toute la misère d'avoir perdu de si bons camarades a pris le dessus. Le silence n'a pas survécu les minutes car il y a eu des sanglots étouffés et je sais que les larmes ont coulé le long de ma figure. Dans ces circonstances le silence est devenu impossible et un camarade a entonné une chanson et petit à petit tout le monde a pris part et ça c'est passé comme ça. Ce n'était pas une belle chanson car autrement cela aurait ajouté à notre tristesse et misère. Les paroles étaient très grossières. Il n'y avait pas d'autre solution mais, je me demande toujours ce que les dames qui nous ont entendu ont pensé de nous. J'espère qu'elles ont compris. Vers la fin du repas, le Capitaine de Witasse, qui nous avait donné le plus bel exemple de bravoure et de fidélité, est venu nous rejoindre et nous avons passé avec lui notre dernière demi-heure de «Chars». Il nous a remerciés et ce fut un très grand moment pour nous tous.



Je suis allé alors dans le parc à chars et me suis dirigé vers Montmirail et j'ai passé deux ou trois heures à mon poste de Pilote, à rassembler un tas de pensées et à revivre certains moments avec le Lieutenant Michard. Je ne suis parti que quand les camions qui devaient nous emmener sont arrivés.

Le Montmirail n'avait jamais été un simple engin de fer, et bien que j'aie fini la guerre avec de très bons camarades sur IENA II, mon cœur était resté avec lui.

J'ai dit adieu à tous mes camarades. A la gare Sainte Lazare, la petite Parisienne était là. Elle m'a accompagné à Rouen chez mon oncle. Il n'y a eu ni fiançailles ni demande en mariage mais nous savions que c'était pour toujours et j'ai demandé à Odette de venir en Angleterre quand elle aurait les papiers nécessaires.



Arrivé à Douvres, j'ai commencé à éprouver des ennuis. Je me trouvais en uniforme français, mes papiers n'étaient pas en régle et l'Angleterre n'a jamais été accueillante quand les papiers ne se trouvent pas en régle. Impossible de prendre le train où, pourtant, ma famille m'attendait à la gare de Victoria. A Londres, mon père, qui n'a jamais mâché ses mots, a fait un peu de bruit et j'ai pu rentrer chez moi mais j'ai dû me présenter aux autorités. Je me suis rendu au bureau de la compagnie d'aviation anglaise qui m'avait garanti ma situation à la déclaration de guerre, et Odette m'a rejoint. Nous nous sommes mariés le 10 octobre 1945. Pour moi, tout s'était parfaitement terminé.

Mon souvenir le plus profond et qui me revient souvent, est celui du Lieutenant Michard, et je reste très fier de mon Pays: l'Angleterre. Pourtant, je conserve une très profonde affection pour la France et la décision que j'ai prise en 1940 reste la plus belle de ma vie.

Quand je suis rentré chez moi, en 1945, je ne possédais que la Croix de Guerre donnée par le Général Leclerc et les mots d'adieux du Capitaine de Witasse. C'était parfait. De tous les certificats que j'ai reçus, celui qui m'a fait le plus plaisir m'est parvenu en 1985 avec les remerciements du Général de Gaulle du 17 septembre 1945. La France m'a accordé la retraite du combattant et je suis resté en liaison avec la famille du Lieutenant Michard.

Je suis très conscient des lacunes et des imperfections de mon récit. Pourtant j'aurais bien voulu écrire quelque chose qui soit digne de la 2ème Compagnie Autonome de Chars de la France Libre et de la 2ème Compagnie de chars du 501ème RCC.

Merci à vous, mes Capitaines !
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mick



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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Mer 3 Oct - 21:02

ce récit ma beaucoup touché à vous de juger lisez le en mémoire de cette homme

mickael
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MessageSujet: Re: GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM   Aujourd'hui à 14:52

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GASTON EVE PILOTE DE CHAR 2 EME DB 2GM
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